Le Journal du Dimanche publie la note gouvernementale au sujet de la politique énergétique en France, préparée en vue de la feuille de route qui sera dévoilée au mois de novembre.

Dans ce document, le gouvernement envisage de décider entre 2021 et 2025 s’il lancera la construction d’une « série » de réacteurs EPR.

Quel sera l’avenir du secteur de l’énergie en France? Vaste question.

Le gouvernement devait y répondre mardi. Depuis plus de quinze jours, dans les ministères, on expliquait que la fameuse programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) serait dévoilée à cette date.

Le gouvernement travaillait sur les annonces et réfléchissait à un grand discours du président de la République, à priori à Paris. Mais l’Élysée se gardait de bien de confirmer officiellement quoi que ce soit à la presse.

Et pour cause. En début de semaine, mardi dernier, le gouvernement explique que les annonces n’auront finalement pas lieu avant mi-novembre.

Trois jours plus tard, vendredi, un document de travail du gouvernement fuite. Le passage sur le nucléaire inquiète les ONG et certains députés.

« Cette fuite est un moyen de savoir ce que les acteurs pensent de ce scénario, ce n’est pas forcément le scénario final, estime Célia Gautier, spécialiste de la question à la Fondation pour la Nature et l’Homme.

Mais si le président confirmait cette ligne, et notamment l’absence de fermeture de réacteurs nucléaires dans cette PPE, il agirait de manière irresponsable. Ce serait nous enfermer dans un modèle énergétique coûteux et passéiste ; une façon de dire adieu au nouveau monde. »

 

Au gouvernement, un argumentaire déjà ficelé

« En creux, ce qui est annoncé, c’est un programme de relance du nucléaire où l’on envisage la construction d’une nouvelle série d’EPR alors que ce qu’il faut relancer ce sont les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie », dénonce le député de La République en marche, l’écologiste Mathieu Orphelin.

Même si ce document indique que rien ne sera décidé avant 2021 concernant la construction de nouveaux EPR, ce proche de Nicolas Hulot est inquiet.

Au gouvernement, certains ministres ont leur argumentaire déjà ficelé : le nucléaire est une énergie qui n’émet pratiquement pas de CO2, ce gaz qui est le principal responsable du réchauffement climatique.

« Est-ce que la priorité c’est la lutte contre le réchauffement climatique, de décarboner notre énergie et de maintenir le pouvoir d’achat ou est-ce que de fermer des centrales nucléaires? Il faut faire des choix » et donc favoriser le nucléaire tout en fermant les quatre dernières centrales à charbon françaises, explique l’un d’eux.

Des énergies renouvelables moins coûteuses qu’un EPR?

Il faudrait donc choisir entre lutte contre le changement climatique et la baisse du nombre de réacteurs nucléaires.

« Ceux qui vous disent qu’il faut choisir entre la lutte contre le dérèglement climatique et la fermeture de réacteurs nucléaires vous prennent pour des idiots, rétorque-t-on dans l’entourage du ministre de la Transition écologique, François de Rugy.

Les énergies renouvelables sont tout aussi décarbonées et elles ne produisent pas de déchets radioactifs. Est-ce qu’on veut que la France profite de l’essor mondial des ENR [énergies renouvelables] ou non? C’est ça la question. »

« C’est une vision très techno, ça correspond bien à l’imaginaire macronien »

« Aujourd’hui, les énergies renouvelables comme le solaire, l’éolien terrestre et l’éolien en mer, sont descendues en dessous du seuil de 60 euros par mégawatt-heure, un prix qui est largement inférieur au prix que coûterait l’électricité d’un nouvel EPR », explique Jean-Louis Bal, président du syndicat des énergies renouvelables, (SER), un syndicat qui regroupe les grands énergéticiens français et qui est composé de 80% de PME.

Un « biais très net » pour la voiture

Ce document de travail sur « la politique industrielle de l’énergie » n’aborde pas que la question de l’électricité mais celle plus large de l’énergie.

Il y est question des transports et de la filière automobile (avec l’objectif d’ »électrifier 100% des gammes des constructeurs en 2025″) et des mesures à prendre dans le secteur du bâtiment.

Le secteur du transport et celui du bâtiment étant deux des principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, l’enjeu est là aussi primordial.

« Dans cette note, il n’y a rien sur la rénovation des logements, rien sur les transports en commun, rien sur les filières industrielles de vélo », regrette de son côté Anne Bringault, coordinatrice du Réseau action climat.

« Il y a un biais très net pour la voiture par rapport aux transports en commun et il n’y a pas grand-chose sur la rénovation du bâtiment, déplore également Célia Gautier, de la FNH.

Pour le reste, c’est une vision très techno, ça correspond bien à l’imaginaire macronien, avec cette idée que la technologie va tout résoudre ».

 

Source : Le JDD

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